Mouse Guard: What You Fight For

Fin
Lockhaven, comme se termine 1153

L’automne s’était écoulée vers un hiver qui s’installait décisivement, son froid mordant et quelques averses de neige ne laissant que peu de répit aux souris occupés à une guerre sans retour malgré son tempo lent et pondéré. À chaque coup, une parade, à chaque feinte, un contre-coup. Certaines souris s’illustrèrent lors de diversese situations, mais on savait bien que c’est au solstice d’hiver que culminerait la guerre, tel qu’il en avait été décidé par Godwin il y a maintenant longtemps.

À quelques jours, un envoi de belettes, accompagné d’un détachement entier, vint à Lockhaven annoncer l’arrivée de la Reine Narua et de sa suite, venue pour récupérer Negash en combat singulier de celui qui l’avait gagné. La guerre des belettes, menée après un régicide non-provoqué des souris, n’était pas à l’enjeu du duel, mais tous savaient à quel point un combat entre champions de deux camps peut colorer rapidement une perspective de guerre.

- Notre Reine, à qui il revenait de choisir l’endroit exact, a décidé qu’une construction non loin d’ici, ce qui semble être un cercle de pierre autour d’une obélisque sera le théâtre de l’affrontement. Elle sera accompagnée de son cousin et d’une paire de gardes en guise de témoins, à vous d’envoyer les représentants que vous jugez nécessaires.

La veille du duel, Kieron se receuillit dans sa chambre, ne demandant que plume et papier pour plancher frénétiquement toute la soirée et une bonne partie de la nuit sur un manuscrit de plusieurs page, illustré de diagrammes et de citations. La tension était vive entre les armées maintenant encampées, comme une corde d’arc, mais tant qu’aucune flèche n’était décochée tous respecteraient le décorum de cet événement important. Les belettes, semblaient faire preuve d’honneur, du moins de plus d’honneur que certains de leurs représentants récents. Il avait demandé conseil à Melchior, qui avait refusé de le conseiller contre une combattante qu’il estimait honorable.

La pierre réchauffée par le soleil avait fait fondre la neige sur le site du duel, et on aurait presque cru que le printemps était à nos portes. L’endroit était calme, serein, et le soleil entrait par une grande arche de pierre pour venir frapper directement l’obélisque en son centre. L’endroit était un ancien site sacré des souris, resté vénérable mais tombé en désuétude. Il marquait les saisons, et le mur de pierre qui l’entourait était en débris à certains endroits.

Kieron, accompagné de Godwin, Edan, Calum et Aeren, ôtait le long manteau qui le calfeutrait, et voyant sa vis-à-vis prète à en découdre, avec sa très longue épée effilée, serra les dents et se jeta à corps perdu dans le duel. Les coups et les taillardes volaient en tout sens, mordant à l’occasion, e la souris courageuse tenait très bien son terrain… aurait-il cru voir la reine faiblir sous un coup?

Le combat battait son plein, lorsqu’Aubrey apparût au détour de la colline, blessée et tenant son flanc d’une patte maculée de sang frais. Calum se lança vers elle, et c’est avec un soupir de soulagement qu’elle s’abandonna aux bras de Calum et lui livra son message.

- Une énorme armée de belettes vient se joindre au détachement de la reine… ils vont sûrement attaquer.

On dépêcha Aeren porter le message à Lockhaven, à peu près au même moment où on remarqua que le cousin de la reine n’était plus vu nulle part. Les gardes disparurent peu après, et la patrouille avait déjà sorti ses armes pour se méfier lorsque Menon fit irruption, faisant fi des traditions dans le déhonneur qui ne suprenait plus personne désormais.

- C’est un putsch, dit Edan d’un seul souffle en déguainant les mandibules du Scolopendre

C’est dans un cri de rage à peine contenu que Menon se lança sur sa souveraine, avec l’intention incontestable d’achever ce que Kieron avait si bien commencé. Alors que le reste de la patrouille prenait action, comprenant bien qu’ils ne pouvaient rester immobiles devant la scène, une pluie d’épines s’abbatit sur le groupe, et sol et racines se retournèrent contre eux. C’était Afshin, qui supportait son maître avec une dévotion fanatique et une lueur dangereuse dans les yeux. Le sol tremblait sous sa sorcellerie, et Godwin essuya plusieurs écorchures et plaies des plantes environnantes devenues hostiles, alors que les flèches étaient devenue comme brindilles devant la peau du shaman ayant pris des reflets de pierre.

Le sang giclait avec fureur, et c’est dans un grand bruit de tonnerre et sur le râlement final d’Afshin qu’un énorme craquement se fit entendre, juste avant que l’obélisque ne s’abatte sur les combattants. Les souris purent s’éclipser juste à temps, mais la dernière image qu’on eut avant le choc était de la reine et du traître, empalés sur leurs armes respectives, les belettes rendues folles par la traîtrise et le fanatisme, la haine s’exprimant sous leurs traits. On ne peut sortir des décombres que le casque de Menon, et l’épée brisée de Narua.

Le calme revint soudainement sur le lieu de culte, témoin de la gravité des événements.

Le retour en trombe des souris vers les campements mit fin aux échauffourées qui avaient déjà commencé à se produire, surtout lorsque Kieron brandit le casque du général et l’épée brisée. La bataille se résorba dans une clameur, puis un murmure stupéfait, et enfin en un silence de mort. Un second cousin de la reine, qui n’avait jamais envisagé devoir diriger avant longtemps, se retrouva à organiser le retrait de l’armée en territoire belettes. Pour de bon: l’élan des belettes était cassé, leur leadership décimé.

Ainsi se termina la seconde guerre entre les belettes et les souris, au solstice d’hiver 1153.

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Histoire de guerre: Edan
La guerre est parfois intestine.

La lettre que lui avait confié Lendra pesait dans ses mains. Ses implications étaient claires: Lendra pensait avoir été trahie par Firth, quand au fond celui-ci n’avait eu que l’indécence de se faire voler l’identité de ses correspondants sous son propre nez… l’idée faisait sourire Edan malgré lui, et il n’allait certainement pas corriger la perception de la Quartermaster déchue. En fait, cela lui donna même une idée… il savait bien que d’autres éléments à Lockhaven étaient sympathiques à la cause de Lendra, et ne savait que trop bien le danger que ceux-ci pouvaient représenter. Ils parlaient de défection, d’évasion, et de libération. Un discours dont il connaissait bien la portée, et qu’il décida d’utiliser contre eux.

Lorsqu’il montra la lettre à Godwin, un plan nacquit dans leur esprit… doucement d’abord, puis avec plus de convictions. Cela prit une visite à la Matriarche, que celle-ci puisse au moins peser de leur côté dans la balance pour ce qui paraîtrait plus tard comme une trahison certaine. Elle signa sans la moindre hésitation à la fois l’ordre d’arrestation d’Edan et sa contre-mesure, une lettre l’exonérant de tout manquement. Godwin s’en fut réveiller le Garde-Capitaine, qui dépêcha tout de suite des Gardes pour appréhender Edan, non sans ajouter un “je le savais, je l’ai toujours su” qui fit sourciller Godwin. Les gardes trouvèrent sans mal Edan (ce qui aurait, entendons-nous, dû éveiller des soupçons en soi :) ), et le jetèrent au cachot, qui par hasard s’avéra être celui juste voisin de Morton.

C’est ce dernier qui rendit la première partie de la nuit … pénible… il perdait manifestement l’esprit peu à peu, murmurait ou criait à tue-tête, et surtout, s’adressait à Edan…
- Je me souviens de toi maintenant… oui, tu étais là… tu lui étais loyal toi aussi… comment te sens-tu maintenant? Ta casaque a-t-elle une fois de plus viré? …
Sa voix diminuait et se perdait dans les murmures incompréhensibles qui donnaient froid dans le dos à Edan, ravivant en lui de vieilles blessures et des secrets mal gardés, jusqu’à ce que sa porte s’ouvre tranquillement, quelque part au milieu de la nuit. C’était une dizaine de souris, de patrouilles qu’il connaissait moins, qui étaient venus le chercher.
- Hé, c’est pas le gars qui était dans l’armée de Midnight dans le cachot d’à côté? On devrait peut-être le libérer, on n’est jamais trop…
- Euh… vous êtes pas biens? Vous l’avez entendu? Il est dangereux celui-là, et puis… euh, et puis il pourrait nous faire repérerer… non, non… laissons-le là.
Ça aura probablement été l’aura conférée par son arrestation si publique qui lui donna raison, et Morton resta à marteler la porte du cachot de rage et de frustration pendant des heures, voire des jours après. Qui sait ce qu’il aurait pu faire s’il avait été libéré?

Une fois en route, Edan faussa compagnie aux défecteurs, prétextant récupérer ce qu’il fallait pour s’échapper pendant que ceux-ci allaient récupérer Lendra, leur fixant un point de rendez-vous pour l’ambuscade à un endroit où “on pouvait certainement sortir de Lockhaven sans être vus”. Il s’en alla ensuite donner le signal à Godwin par voie interposée de Calum (revenu de Sprucetuck depuis), et arriva au rassemblement juste à temps pour voir un cercle de gardes, menés par Rand, qui avait coinçé les fuyards dans un coin. L’un d’eux était
- Vous avez condamnés la Garde à servir tout le monde, quand Lockhaven pourrait faire beaucoup plus… être beaucoup plus! Vous êtes des pleutres!
D’une grâce insoupçonnée, le Garde-Capitaine sautilla sur son pied valide, pivotant pour donner de l’impulsion à son grand bouclier, qui mû par un élan circulaire écrasa la joue du trouble-fête, l’envoyant au tapis pour de bon.
- D’autres commentaires?
Il n’y en eut pas.

Edan fut le premier à se rendre compte que quelqu’un manquait.
- Lendra. Lendra n’est pas là.
Elle s’était éclipsée sans qu’on sache trop ce qui s’était passé… elle était connue pour user de pouvoirs mystiques à l’occasion, peut-être cela aura-t-il été la clé. On se divisa pour la chercher, connaissant.

Godwin et Edan furent témoins privilégiés de la scène, se situant par hasard devant une fenêtre lorsqu’elle se produisit. On vit une lumière pâle tout en haut de la plus haute tour de Lockhaven, puis une ombre se jeter de son sommet, et choir vers une mort certaine sur la pierre plus bas.

Les débâts sont vifs à ce jour à savoir si Lendra doit être considérée une victime de guerre ou une traîtresse. Ils le seront toujours.

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Histoire de guerre: Calum
Le déracinement d'un village

Les monts et vallées se succédaient sur la route que Calum connaissait désormais très bien de Sprucetuck. Une route sans encombre majeure, le temps pressait bien sûr, les souris étaient en guerre après tout, mais le barde n’était porteur que d’instructions supplémentaires pour Sprucetuck… ravitaillements, coordination des troupes, bref aussi et surtout rappeler à l’alliance nascente de la ville rebelle à la Garde qu’ils participaient désormais étroitement à l’effort de guerre. De la politique, pensa-t-il avec un soupir.

Avec une demie-journée de marche à faire encore, Calum décida de prendre un raccourci moins fréquenté mais qui ne serait pas beaucoup plus difficile pour un habitué du voyage comme lui. Ce qu’il vit au détour d’un rocher le stoppa net: un village entier avait été déplacé, et vivait maintenant sous ses yeux dans un camp de réfugié improvisé. Il s’approcha, et la scène était désolante… brancards, blessés parsemaient des tentes montées au bric-à-brac. Sa cape lui donnait naturellement un air d’autorité, et il repéra sans peine l’aînée du village, une souris plus âgée nommée Autumn, qui lui raconta l’histoire de leur fuite:
- Nous venons de Riverreed, et un détachement de belettes s’est abattu un jour sur notre village sans crier gare. Notre milice a été envoyée à Pebblebrook et n’était pas encore revenue, nous avons dû fuir devant l’avancée. Une Guardsmice est venue nous aider, elle n’avait pas bon caractère mais a tenu tête aux belettes de son mieux, mais nous avons perdu sa trace.
Elle baissa le regard, ne laissant aucun doute sur la tristesse qui l’animait.
- … nous avons perdu sa trace et ne l’avons pas revu. Nous avons cheminé comme nous pouvions, mais le village est exténué, nous n’irons pas plus loin.
Calum savait très bien ce qu’impliquaient les lois de la nature: lorsqu’on reste immobile, c’est la mort assurée.
- Vous devez absolument bouger. Sprucetuck n’est plus très loin, il vous faut absolument pousser. Rassemblez le village devant le feu ce soir, j’essaierai de les convaincre.
Personne n’était dupe du message derrière la ballade qu’il chanta ce soir-là, mais la lente mélopée était malgré tout efficace… distillant le courage de chacun, qui se retrouvèrent malgré eux à entonner le refrain qui parlait de long voyage et de terre promise avec force et vigueur. La partie était gagnée pour Calum, ils partirent le lendemain, traînant les blessés.

La lune de miel fut de courte durée: à peine avaient-ils commencé le chemin qu’un énorme oiseau carnassier s’abattit devant eux.
- Vous ne passerez pas, à moins de me donner trois de vos compatriotes. Plusieurs sont blessés et ne survivront pas le chemin, vous devriez chercher à ne pas compliquer les choses.
L’oeil peu entraîné à la chose de Calum ne remarqua pas que plumage de la buse était décharné, et sa teinte grisâtre… si elle menaçait, c’est qu’elle n’avait que peu d’énergie pour prendre ce qu’elle désirait.
- Soit, mais ce sera à nos conditions, buse… tu devras prendre ton dû un peu plus loin, nous ne te faisons pas confiance.
Recourant à ses pouvoirs d’illusion, chantant un hymne à la tromperie et au désir illusoire, il lui fit croire que des souris étaient mises au sacrifice un peu plus loin, sur un rocher à l’orée de la forêt. L’oiseau se fit berner, et cria de rage lorsqu’il s’aperçut de la supercherie.

Ce fut une cavalcade pour atteindre Sprucetuck, et la buse emporta le vieux Thom (on raconta qu’il se serait arrêté volontairement pour être saisi par la buse plutôt qu’un souriceau tout près de lui), mais l’histoire racontera que les pertes furent bien minimes face à ce qu’elles auraient pu être.

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Histoire de guerre: Godwin
Comment envoyer quelqu'un à sa perte?

On réveilla Godwin en plein milieu de la nuit, le tirant d’un rêve paisible où il coulait des jours tranquilles avec Alvina, quelque part à Elmoss. Ce n’était pas pour le rendre meilleure humeur, mais lorsqu’on lui dit quele Garde-Capitaine avait urgemment besoin de lui, il porta ses vieux os jusqu’à la salle de guerre, où l’attendait Rand dans un état similaire. À tout malheur une chose est bonne, puisque le Garde-Capitaine avait certainement retrouvé de son aplomb et de sa vitalité avec le retour de la guerre: c’était ce qu’il connaissait de mieux, et ses décisions étaient à la fois plus avisées et plus décisives. Son regard était grave.

- Godwin, nos éclaireurs nous rapportent qu’un contingent important de belettes se dirige vers Riverreed, et arrivera probablement d’ici peu.
- Bien mauvaise nouvelle, mais au moins les milices de Riverreed sont excellentes… leurs éclaireurs en particulier se fondent dans la nature avec ….
- Le problème est là: la Garde a réquisitionné les milices, elles sont à Pebblebrook avec Kieron en ce moment. Sans eux le village est condamné.
L’air de Godwin s’assombrit.
- Dans ce cas nous devons nous assurer que le village est évacué promptement, quitte à devoir retenir les belettes.
- J’en arrivais à la même conclusion… c’est pour ça que je t’ai fait venir ici Godwin… quiconque ira avertir Riverreed y laissera fort probablement sa peau.
- Vrai.
- J’ai passé au crible, et deux possibilités s’offrent à nous… Sienna ou Annika. Il n’y a pas d’autre choix.
- Je vois. Qu’en pensent-elles? Il est légitime de leur demander.

Annika et Sienna se présentèrent rapidement, et à l’explication comprirent toute la portée de ce qu’il était demandé d’elles. Sans la moindre hésitation, les deux se portèrent volontaire et argumentèrent même vivement leur candidature devant celle de l’autre. Tant de dévotion émut Rand et Godwin, mais ne rendit pas la décision plus facile. On les remercia, puis Godwin se tourna vers Rand.

- Les deux sont de bonnes Guardsmice, Rand… mais selon moi Annika est plus farouche, plus déterminée… si c’est pour être une mission impossible, c’est elle qui a les meilleures chances d’y survivre… elle est trop entêtée pour mourir.

Rand hocha de la tête. Annika partit dans l’heure, et Riverred fut évacué. Annika ne revint pas.

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Histoire de guerre: Kieron
Pebblebrook, et les erreurs du passé

Cela faisait plusieurs semaines que le front avançait, puis reculait à la faveur de chaque camp, comme une danse macabre entre belette et souris. Les belettes avaient eu de l’avance en établissant leur camp, mais une frappe à la fois décisive et surpenante des souris, menées par Kieron au front, avant rétabli un équilibre précaire. Ce dernier commençait d’ailleurs à jouir d’une réputation chez ses adversaires… on parlait dans les rangs de la souris qui avait tué un roi et pris son épée légendaire, affronté un aigle, et retourné le piège d’un Général belette contre lui-même. Il est probable que le spectre de sa réputation était l’un des points d’équilibre qui gardait la situation tendue… mais stable.

Jusqu’à Noélan. Le jeune guardsmice avait suivi Kieron sans hésitation dans ce qui semblait une mission dangereuse. Il est à croire qu’il s’inspirait beaucoup de l’énergique apiculteur, et Kieron avait accepté de le prendre, peut-être parce qu’il se voyait un peu en lui (le fait qu’il porte encore son ancien équipement aidait à l’illusion!). Noélan et Holton, lors d’une patrouille sur un flanc, s’étaient trop avancé avec un contingent significatif de leurs forces, ce qui avait appâté les belettes impatientes. à tenter de frapper cette troupe comme l’éclair, dans l’espoir de diminuer d’une seule coupe la force souris et remporter la ville.

Kieron était devant un dilemme qu’il connaissait malheureusement trop bien, ironique coup du destin qui le plaçait devant la même décision que Godwin plusieurs années avant: profiterait-il de la cohue pour donner un coup mortel au camp belette, abandonnant la patrouille souris à une mort certaine, ou tenterait-il de porter secours aux Guardsmice, gâchant une opportunité qui ne se représenterait peut-être jamais?

Kieron eut une pensée triste pour le jeune Noélan, mais il connaissait bien son devoir, et ne reproduirait pas les erreurs du passé. Il pris Negash et enfila son armure pour frapper au coeur du camp belette. Deux jours plus tard, le camp belette était brisé, et Pebblebrook libre. On ne retrouva pas le corps de Noélan.

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La Bataille de Sprucetuck
L'amorce d'une guerre douleureuse.

Le camp de l’armée belette sur les collines contrastait avec le soleil qui finissait de se coucher. Le conseil des souris, mené par la patrouille de Godwin après une humble admission de Lewin qu’il n’était pas à la hauteur dans cette situation, élaborait des plans pour se donner l’avantage lors de l’inévitable bataille du lendemain. Le plan est décisif: Edan et Calum iraient infiltrer le camp des belettes pour en apprendre plus sur leurs desseins, et pour … mettre du sable dans l’engrenage (Edan n’a pas voulu s’étendre sur la portée des moyens utilisés, mais personne n’a non plus posé de questions….). Ceux-ci seraient appuyés par la troupe de Whiskers de Curt, cachée dans la forêt.

Les courageux Guardsmice se rendent au camp sans trop d’embrouilles, et font preuve d’une discrétion exemplaire: Edan naturellement, et Calum aidé de ses moyens de barde. Ce dernier apprend plusieurs faits sur l’armée belette: elle est menée par le Général Menon et son âme damnée le shaman Afshin, ils planifient d’attaquer le lendemain, et préparent un coup fourré, mais n’ose pas mettre la patte directement dans la tente du général pour apprendre les détails de la supercherie.

Edan, quant à lui, tente d’empoisonner les victuailles des officiers, mais est très hésitant lorsqu’il farfouille dans le garde-manger, et le doute s’installe sur l’efficacité de sa tentative. Il réussit cependant à attaquer un officier sur le chemin de la sortie. L’alerte sera donnée et la chasse aux souris tentée, mais nos héros retrouveront Sprucetuck sains et saufs, non sans être étonnés de voir que dans la forêt la troupe de Curt aura rencontré … une troupe que les belettes avaient aussi dissimulé dans la forêt! Selon les traces du conflit, la bataille aura été fatale aux belettes, mais les Whiskers se seront retirés pour panser leurs plaies, quittant Sprucetuck en emmenant Aubrey avec eux.

Le lendemain, un envoi de belettes sous le drapeau blanc invite les souris à parlementer. Godwin et Kieron répondent à la demande, respectant l’une des règles les plus sacrées de la guerre. Sur le chemin, Kieron demande conseil à Melchior, qui ne passe qu’un commentaire sur la fourberie du père de Menon. Une fois rendu, le dialogue est court, le général Menon exigeant une capitulation sans condition (ce que refuse bien sûr Godwin). Il enchaîne:
- Êtes-vous le chef de cette armée?
- Oui
- Très bien et il attaque sans avertissement, brisant la trève.

La réplique de Kieron sera sanglante, et passera tout près d’achever le général. C’est Afshin, son shaman, qui sauve la mise en dressant des murs de terre autour d’eux, puis en les fossoyant loin de là. Ils ne participeront pas à la bataille qui ragera dès ce moment.

Dans le chaos de la bataille qui suivra, on verra des coups sanglants se porter, des blaireaux arriver et être aiguillés sur les Belettes avec un peu d’aide de Kieron, des troupes de skirmishers menés par Calum tirer de l’orée de la forêt, et des illusions de grand Aigle semer la confusion chez les Belettes. Bien que l’empoisonnement de leurs victuailles n’aie pas fonctionné (à l’insu d’Edan), l’officier blessé manquera cruellement à sa troupe, qui ne participera que peu à la bataille.

Au final tout près de 80 souris de la milice y laisseront leur peau, mais l’ensemble des citoyens plus vulnérables, ainsi que les précieuses archives de la ville, auront réussi à quitter par chariot et se réfugier en lieu sur (vers Copperwood).

L’armée Belette lèvera le siège plusieurs jours plus tard, sans raison apparente.

À leur retour, lockhaven est sur le pied de guerre, Lendra aux arrêts. Edan se glisse dans ses quartiers discrètement, et elle lui confiera une lettre, croyant la souris “du même côté qu’elle”. Rand est en charge de l’effort de ce qui est maintenant une guerre déclarée. Il envoie Calum à Sprucetuck (maintenant bizarrement très loyale) pour la suite des choses, Edan restera éventuellement pour surveiller Bertom (mis en charge du magasin), Kieron sera dépêché au front à Pebblebrook, et Godwin reste comme lieutenant pour conseiller Rand.

La guerre bat son plein, apportant avec elles ses inévitables souffrances.

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Interlude - Kieron
Lockhaven, tard le soir

Kieron est à l’affût. Le soir est tranquille mais jamais n’est entièrement ce qu’il paraît à Lockhaven, il l’a bien appris du vieil Erard et commence vraiment à mieux comprendre ce que l’apiaire voulait dire… en fait, il commence à mieux comprendre la vielle souris, tout simplement. Il s’est porté volontaire pour un tour de garde supplémentaire; ça libère l’esprit, surtout avec tous les événements récents… Conspirations, trahisons, problèmes, rumeurs de guerre… Un bruit attire son attention au détour d’un couloir, près de l’échoppe de feu Bastien… “Métal sur métal, rien qui vaille”, pense-t-il, et se précipite.

- aaaaAAaA!! S’écrie Noelan, la jeune recrue, surpris.
- Calme, jeune Garde. Tu veux réveiller la garnison au complet? Tu ne me feras pas croire que tu veux que Sienna sache ce que tu mijotes lorsque Lockhaven dort…
- Attend! Non! Je n’étais qu’en train de reparer mon armure! Elle s’est brisée pendant un exercice, et, et….
- …et quoi? Sûrement, tu n’es pas surpris. C’est le propre d’une armure. L’exercice te renforcit, alors qu’il affaiblit les sangles et les rivets que tu portes. Mais pourquoi ce subterfuge? Tu as besoin de ton sommeil. Qui tentes-tu d’impressionner en te donnant cette charge de travail supplémentaire?
- … Je ne voulais pas que ma patrouille s’aperçoive que je n’étais pas capable de rafistoler seul mon equipement, dit-il baissant les yeux.
- Un soldat est responsable de son équipement, c’est vrai. Mais un soldat n’est pas un guerrier solitaire; il peut… non, il doit se fier à son unité. Lockhaven a toute une infrastructure en place pour de telles choses. Chaque fois qu’une Guard Mouse prend sur lui une responsabilité qui appartient à une autre, il s’affaiblit, il s’éparpille… et une unité n’est qu’aussi forte que le plus faible de ses membres. C’est mal parti pour cette campagne.
- Pourquoi dis-tu ca?? S’exclame-t-il, les yeux maintenant chargés de quelques larmes nacentes…Il jette soudainement le morçeau d’armure brisé sur un mur, de rage ou de frustration.
- Ton armure m’est familière. Mon frère de patrouille, Edan, porte quelques morceaux de manufacture similaire. Elle est de Port Sumac, vrai? Un don de ta famille, un badge d’honneur auquel tu t’accroches courageusement. Tu traites cette armure comme une bouée de sauvetage. Qu’est-ce qui te ronges comme ça?
- C’est cette foutue guerre qui s’en vient, je le sais bien! Je n’ai jamais voulu entrer dans la Garde pour me battre au front! Je veux défendre les villages, au péril de ma vie s’il le faut, mais pas sur le champ de bataille! J’ai, j’ai….j’ai peur…. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de laisser tomber ceux que j’aime… mon père, ma famille, Port Sumac…
- Écoute. Je ne te dirai pas que la guerre n’est pas faite d’horreur et de choix impossibles; cela ne serait pas te faire une fleur. Mais dans l’adversité, tu trouveras beaucoup de choses pour les traverser: de la camaraderie, de la reconnaissance, et oui, parfois de l’honneur. Mais au-delà de tout cela, tu obtiendras, un jour, la plus grande satisfaction possible: le regard approbateur de Sefatus, aux portes de Seyan… que ton service aille été court, long, ou loin derrière toi, suivi une vie remplie et entourée de ceux que tu auras sû protéger. 

Le regard de Noelan se leve lentement vers Kieron, et contre toute attente, le jeune garde lui donne une solide accolade. Kieron, toutefois, ne peut s’empêcher de ressentir la trahison dans ses mots: la mémoire de sa famille, pour la plupart perdus lors de l’assaut de Walnutpeck, ne lui donnera jamais la paix requise pour prendre une retraite paisible de la Garde.
- Vient me voir en matinée, aux portes du grand auditorium. Nous nous occuperons de ton armure, et si tu ne crois pas être prêt pour le front, nous verrons comment te mettre à profit en support jusqu’à ce que tu sois formé à ma satisfaction.
 
Vivement, Noelan prend ses affaires, et retourne à sa chambre, où il pensera longuement à ce que lui a dit Kieron ce soir-là.

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Interlude - Calum
Lockhaven, au jour du départ

Rand claudique jusqu’à la jonction entre les clapiers et la porte de Lockhaven, se servant comme à l’habitude avec habileté de son bouclier comme d’une béquille. Là, Calum empile sur son lapin (“Marvin”) des provisions, sa baluche qui était comme toujours juste assez légère pour bien voyager, et juste assez lourde pour lui permettre d’errer sans fin dans la nature, comme s’il s’attendait un jour à céder à l’envie de le faire.

- Calum! Attends! J’ai vérifié, vous n’avez pas pris toutes les rations qui ont été mises de côté. Je me dois d’insister, elles sont déjà libérées par la Quartermaster, si vous ne les prenez pas elles ser….

- Ah, mais il ne faudrait pas charger ce bon vieux Marvin pour rien! Et puis, tu le sais bien, on a beau être à l’automne, la forêt a encore tout plein de trésors à offrir, de quoi nourrir notre patrouille pour longtemps. Laisse plutôt nos rations à ceux qui restent ici, ils apprécieront les portions supplémentaires, j’en suis sûr…

- D’accord, je vois. Mais je n’étais pas venu pour ça…

Tout d’un coup le Garde-Capitaine semble mal à l’aise… comme un souriceau pris la main dans la jarre de biscuits. Il jette un oeil triste à sa jambe estropiée, puis lève la tête et regarde Calum d’un air surprenamment candide.

- Je trouve simple de te parler, Calum… Godwin m’intimide et Kieron est quasi-inaccessible, et Edan, bon… j’ai généralement plus envie de lui crier après. J’aimerais… j’aimerais que tu me rapportes des histoires, les bruits et les secousses de vos aventures, jusqu’à même leurs clameurs et leurs dangers. J’en ai si peu ici, je me retrouve à les quémander aux patrouilles qui partent et reviennent, et tu es certainement celui qui les rapporte le mieux.

- Je… je veux bien.

Rand afflige un air interrogatif. Calum poursuit, comme il devait se justifier son manque soudain de verve.

- Je suis surpris, voilà tout. Je pensais que mes histoires n’intéressaient que les clients de Bertom. Je n’aurais pas cru avoir un fan en ta personne, mais je comprends que tu veuilles avoir une exclusivité de temps en temps (il se met à rire). Alors, dis-moi, que penses-tu de cette pièce? (Il commence une mélodie à la flûte, puis se met à chanter. Il relate les dernières aventures de la patrouille à Copperwood.) Voilà. Je ne suis pas encore content de la fin, mais je la fixerai à temps pour ce soir. Tu viendras? Je suis sûr qu’on sera content de t’y voir… Mais j’y pense, et si tu me racontais tes histoires, tes aventures, tes faits d’armes, je pourrais les mettre en musique, je suis sûr que ça sonnerait bien. Puis ça te permettrait de les revivre non?

Le sérieux du Garde-Capitaine revient soudain, et le moment passe. Calum, nous…. nous avons tous des espoirs, des projets, des regrets. Je t’observe depuis bien longtemps, et il est clair pour moi que ton bonheur ne passe par pas une chambre bien tenue entre les murs gris de Lockhavenn, alors en tant que ton Garde-Capitaine, je me dois de te le demander, et d’exiger ta franchise pour la réponse que tu me donneras… Une fois ces tumultes passés, que comptes-tu faire?

- La politique, c’est lourd, et je ne pense pas que je suis fait pour la rigidité de notre structure pour tout te dire. Mais j’aime la Garde profondément, et je pense que notre mission est belle et juste. Il faudrait que quelqu’un puisse agir plus librement, en dehors des murs, peut-être avec d’autres qui pensent comme lui? Je ne demande rien de formel, mais je pense que j’aimerais bien pouvoir sortir du cadre un peu. Continuer à voyager, porter les messages de la Garde aux quatre coins, montrer à tous que nos racines sont profondes et valeureuses. Mais libre de pouvoir fixer mon propre agenda.
Un instant passe.

- En tant que responsable des Gardes, je peux te promettre de faire tout en mon possible pour l’accommoder, mais je ne peux le promettre avant que ne soient terminés les troubles actuels avec les Belettes, ni même à une saison précise, tu le sais bien.

- Je n’ai jamais pensé le contraire. J’étais sérieux quand je t’ai dit que j’allais te ramener des histoires, je compte bien le faire. Et je compte sur toi pour que tu me racontes les tiennes en échange!

- Tout est dit, alors.

- Bonne route, Calum, puisse-elle être bonne pour toi, et te mener là où tu dois aller.

Sur le chemin de l’aller, pendant une arrêt sur le bord d’une rivière, Calum aperçut au loin un fauconneau faucher un merle en plein vol et s’en aller au loin. Il eut une pensée pour le Garde-Capitaine: être bloqué comme il est à Lockhaven est probablement sa meilleure définition d’un cauchemar. Son esprit vagabonde ensuite un instant vers Aubrey, se demandant si elle pensait toujours à lui, hochant la tête de ne pas avoir pu lui dire tout ce qu’il ressentait pour elle. Était-ce la trouille des chaînes de l’engagement ou tout simplement un malentendu? Il chassa ses pensées, puis remonta sur son lapin.

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Interlude - Godwin
Près des ruches de Lockhaven

- Erard, tes abeille produisent-elles du miel ou du venin?

- … Le vieil apiaire se retourne lentement, arborant le sourire le plus obséquieux de son repertoire…. Bonsoir Godwin, je ne t’ai pas entendu approcher… étais-tu venu prendre un petit verre d’hydromel avec un vieil ami des abeilles?

- Je voulais plutôt rencontrer le vieil ami de beaucoup trop de gens d’ailleurs, si je me fie à la correspondance que j’ai trouvée.

- Allons, allons… tout de suite sur les affirmations fortes, ça ne te ressemble pas cher ami. Et qu’est-ce que ça change que … que j’entretienne ma curiosité plutôt que de laisser libre cours à la paresse de la vieillesse? Mais peut-être que mon petit jeu a assez duré… il a déjoué longtemps Kieron, ce brave garçon, mais je vois qu’on trompe plus difficilement la vigilance d’un vieux hibou comme toi. D’ailleurs, sur le sujet, tu ne peux pas vraiment me lancer de pierre… “bon pour la retraite” disais-tu au printemps dernier… était-ce un mensonge à la Garde ou à toi-même?

- Ni l’un ni l’autre. Dans une situation normale, je n’aurais effectivement pas ma place ici et quelqu’un d’autre serait lieutenant et chef de patrouille. Mais la Garde telle que je l’ai toujours connue joue peut-être ici ses derniers moments. Ne serait-ce que par loyauté envers elle, je dois rester, au moins, temporairement, le temps que les choses se placent.

- Soit… mais je regardais tout l’ensemble, comme c’est le luxe de quelqu’un qui n’a pas d’obligation d’être au centre des choses, et je crois que tu ferais bien de réfléchir Godwin, puisque si je ne me trompe pas, tu auras un mot certain à dire dans ce qui approche pour la Garde, une fois la tempête passée… puisqu’elle finit toujours par passer. La voie n’est pas certaine sur la succession de la matriarche… il y aura des décisions à prendre, entre tradition et renouvellement, entre l’esprit de la Garde et ce qui est bon pour elle. J’espère que ton esprit sera clair.

- Aucune des deux candidates n’est qualifiée pour devenir patriarche, tu le sais aussi bien que moi. Il faudra une tierce candidate.

- Humm…. libre à toi de penser ceci… je n’imaginais pas ton idée aussi arrêtée.

- Annika étant en retard dans la course et je voulais éviter que Lendra prenne trop d’avance. Maintenant, je tairerai tes petits écarts de conduite si tu acceptes de m’aider.

- Soit… alors, ce verre d’hydromel?

Godwin trinqua avec avec Erard, et les deux élaborèrent les tenants et aboutissants d’une stratégie pour que Sienna devienne la prochaine matriarche et Annika, la prochaine capitaine, et ce, pendant tout ce soir-là, même bien après que le soleil ne se soit couché.

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Interlude - Edan
Lockhaven, la nuit

Aux petites heures du matin, à Lockhaven, on n’entend rien que le bruissement propre à un vieux fortin du genre. En fait, ce matin-là précisément, on entend quelque chose de plus: le grattement et le bruissement de quelqu’un occupé à faire ses bagages en quatrième vitesse. Un peu nerveux, Edan sait qu’il part demain pour Copperwood, et après une petite soirée à s’être occupé de ses affaires, ses contacts et des cachettes de ses divers butins, il sait que les heures de sommeil sont comptées avant que le matin arrive, et s’il l’oublie Kieron ou Godwin seront toujours aussi contents de le lui rappeler…

C’est un frottement plus fin de celui d’un flocon sur la neige qui lui fait redresser les oreilles… Il arrête net de plier bagage, et se retourne rapidement en dégainant l’un des mandibules du Scolopendre. Accotée dans le cadre de la porte, Annika est là, silencieuse, à le toiser du regard.

- On dirait bien que tu es plus vaillant lorsqu’il est question de déguerpir que lorsqu’il est question de mettre la main à la pâte…
- (Affichant un sourire mi-innocent mi-moqueur, Edan prend parole.) Il ne faudrait surtout pas sous estimer mon enthousiasme à mettre la main à la pâte, je préfère simplement attendre qu’elle soit cuite et prête à être consommée… Je le fais alors vaillamment et goulûment. (Le sourire d’Edan se crispe, et son ton devient sérieux.) Pour ce qui est de déguerpir… (Edan dépose son arme et se retourne vers Annika, mais sans soutenir le regard de celle-ci. Il s’avance en grimaçant, s’attendant manifestement à recevoir un coup ou être autrement agressé par elle.) Tu sembles en contrôle de la seule issue…
Le regard d’Annika se lève au plafond, et elle soupire bruyamment.
- Je sais bien que pour toi le torchon brûle entre nous depuis longtemps, mais je ne suis pas là pour ça… je voulais qu’on se mette à la même page toi et moi, il est inutile de continuer ces petites querelles intestines. D’ailleurs, pour démontrer un peu ma bonne foi, je tiens à préciser que je connais bien et depuis longtemps ton petit secret …
Edan l’interrompt
- Loins de moi l’idée de remettre en question ta bonne foi. Tu dis ce que tu penses avec candeur et, malheureusement, avec l’absolue certitude que ta position est la seule qui soit valable. C’est ce qui me fait le plus peur. (Edan prend une courte pause, et prend un ton plus hésitant.) Pour ce qui est de mes secrets, j’en ai plusieurs, certains moins petits que d’autres… (Edan scrute le visage d’Annika, puis reprend la parole.) Non, ce secret – peu importe de quoi il s’agit – tu ne t’en servira pas… Ce n’est pas ton style. Pourquoi es-tu ici si ne n’est pas pour me donner une raclée ?
Annika, qui était manifestement sur le point de continuer avec verve, est stoppée net dans ses propos. Elle montre un visage plus sincère que ne l’aurait cru Edan.
- Je… je ne m’attendais pas à ce genre de propos de ta part. Comme quoi chaque nuit apporte ses surprise. Je ne suis ici que pour dire que je t’estime plus que tu ne le croirais. Si la Garde avait besoin de moi… à une autre position, ma patrouille aurait certainement besoin d’un leader, et il te suprendra peut-être de savoir que je te tiens en plus haute estime que bien d’autre GuardMice… tu as ce que j’appelle… “le sens du nécessaire”. C’est une belle qualité.
- Si tu espères un jour atteindre une autre position, il ne faudrait surtout pas que tu ébruites cette haute estime de ma personne. D’ailleurs, j’ai une certaine réputation à conserver… Et toutes les responsabilités que je désire. Mais saches que, si tu arrives à tes fins, tu pourras éventuellement profiter du même discret soutien que l’actuelle détentrice de cette position… J’ai, après tout, le sens du nécessaire…
- Je vois. Des temps difficiles sont à l’horizon, et il faudra faire preuve de sagacité pour que survive Lockhaven. Penses-y bien, pour le bien de toute la Garde. Je ne suis pas l’ennemie, je ne suis pas folle, je sais que la Garde doit survivre si les territoires des Souris doivent prospérer.
Il se retourne, mais de toute façon sait bien qu’Annika n’est plus là. Edan hausse les épaules avant de rengainer la mandibule qu’il avait laissé choir, puis il regagne une de ses planques les mieux cachées, où l’y attend un hamac pour les quelques heures lui restant jusqu’au lendemain.

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